MacIntyre et l’enquête morale

  • Dernière modification de la publication :19 mars 2026
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Compte rendu du colloque international « MacIntyre et l’enquête morale », organisé par Identité et subjectivité en partenariat avec Eribia et l’Institut Catholique de Paris (3-4 mars 2026, salle du Conseil)

Les 3 et 4 mars 2026 s’est tenu le colloque international de philosophie “MacIntyre et l’enquête morale” coorganisé par l’UR identité et subjectivité et ERIBIA de l’université de Caen Normandie, en partenariat avec l’UR Religion, culture et société de l’Institut Catholique de Paris. Ce colloque rassemblant 12 intervenants dont un tiers de chercheurs étrangers avait en outre reçu une subvention de l’UFR HSS, de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines et de l’université de Caen. Sa diffusion a été assurée par la Résidence de Recherche pour le Bien Commun, notamment par l’organisation d’une Soirée Philo sur le campus de Sciences Po Rennes le soir du 3 mars, et par une campagne de communication dans des médias régionaux, également relayée par l’International Society for MacIntyrean Enquiry à l’international. Le colloque comptait deux conférenciers invités : Kelvin Knight, reader à la London Metropolitan University, ancien directeur du Centre for Aristotelian Studies in Ethics and Politics (CASEP) et ancien collaborateur de MacIntyre dans ce centre ; et Jeffery Nicholas, professeur à Providence College et actuel directeur du CASEP. Tous deux sont cofondateurs de l’International Society for MacIntyrean Enquiry.

Ce colloque, organisé quelques mois après la mort de MacIntyre en mai 2025, fut le premier événement européen en mémoire de cette figure majeure de la pensée morale et politique des XXe-XXIe siècles. Plutôt que d’aborder son œuvre à partir des étiquettes de “pensée communautarienne” et “éthique des vertus”, auxquelles on la réduit souvent alors que l’auteur avait critiqué cette réduction de son vivant, les organisateurs du colloque, Ostiane Lazrak, Ronan Sharkey et Mickaël Popelard, ont retenu l’angle de “l’enquête morale” (moral enquiry), une expression très fréquente sous la plume de l’auteur qui ouvrait plusieurs directions de recherche. L’enquête renvoie d’abord à la pratique philosophique de MacIntyre lui-même, croisant philosophie, histoire et sciences sociales. Elle désigne aussi, dans sa perspective, le point de jonction entre vie pratique et philosophies morales, soit le lieu de la rencontre des formes ordinaires de délibération individuelle et des conceptions plus larges du bien véhiculées dans ce que l’auteur désigne comme des traditions d’enquête. L’enquête se comprend donc enfin, comme un type d’investigation collective et transhistorique : celui des traditions et de la tradition aristotélicienne thomiste dont MacIntyre en vient à se réclamer. Le choix de ce thème permettait donc de revenir sur l’ensemble de la recherche philosophique de MacIntyre, de sa quête d’une éthique authentiquement marxiste dans les années 1950 à sa pratique, dans After Virtue, d’une histoire philosophique écrite d’un point de vue aristotélicien, puis à la défense du thomisme comme forme d’enquête morale alternative à l’héritage des Lumières et du nietzschéisme.

Une partie de l’auditoire, salle du Conseil de l’université de Caen Normandie

Le colloque s’est déroulé en quatre demi-journées. Il y a d’abord été question du point de départ de l’enquête d’Après la vertu : les controverses éthiques contemporaines, comme celle, entre autres, qui entoure l’éthique de guerre, et leurs racines modernes, notamment repérées par MacIntyre dans la philosophie de Kierkegaard. Le second temps du colloque a été consacré à la lecture que MacIntyre offre des rapports entre enquête dialectique, vérité et vertus chez Aristote et Thomas d’Aquin, au fondement sa conception des vies humaines comme des quêtes narratives. La matinée du mercredi a exploré la place de l’histoire dans l’enquête macintyrienne sur la morale, en revenant sur sa réflexion sur l’historicité des concepts moraux et en travaillant son concept de tradition d’enquête. Le colloque s’est achevé par une demi-journée consacrée à la pensée politique de MacIntyre, permettant de décentrer sa réception du débat libéraux-communautariens pour faire droit à la singularité de son aristotélisme aux prétentions révolutionnaires et à sa matrice marxiste.

Ostiane Lazrak
Attachée temporaire d’enseignement et de recherche, philosophie morale et politique
UFR Humanités et Sciences Sociales – UR 2129 Identité et subjectivité